Anciens


Anciens en Thaïlande et en France, leurs relations sont totalement différentes. L’accès à de meilleurs revenus et donc à un confort de vie certain en Europe a conduit la population à créer dans les années 1960 des maisons de retraite, qu’on appelle de nos jours de l’acronyme EHPAD. Si au départ, c’était de simples résidences pour personnes âgées, des prestations supplémentaires sont apparues, comme des animations, une restauration améliorée, des salles de jeux, un maintien en cas de perte importante d’autonomie, … Le coût mensuel par personne a donc beaucoup augmenté. Ainsi, comme sa maman, ma maman devenue dépendante, a dû séjourner dans une maison de retraite après le décès de mon papa. Le montant de la pension de reversion qu’elle percevait étant inférieur au prix mensuel de son séjour, nous avons dû, mes sœurs et moi, nous résoudre à vendre la maison familiale. Le notaire ayant rédigé la déclaration de succession de mon papa s’est montré assez cupide à ce sujet et il m’a fallu me bagarrer pour augmenter le prix de vente de 30000 euros pour atteindre un prix correct. Le capital retiré de la vente a été placé, ce qui a permis de financer le complément nécessaire pour payer l’hébergement de ma maman jusqu’à son décès il y a deux ans. Suite à certaines circonstances, elle a changé ensuite deux fois de maison de retraite. La dernière demandait un prix mensuel du double de sa pension, soit un peu plus de 3000 euros.

Or, nous, de la génération des baby-boomers, retraités depuis peu, n’auront sûrement pas les moyens d’assumer cette charge financière, pas plus que nos enfants. Que faire alors ?

Si l’Asie nous a appris récemment à quoi servait un masque, elle nous apprend aussi une autre forme de solidarité entre les générations. En somme, elle nous fait revenir cent ans en arrière, où sous un même toit, cohabitaient plusieurs générations. C’est la règle en Thaïlande où il n’y a pratiquement pas de système de retraites. Dans une même maison, au Pays du Sourire, vivent au moins trois générations. Les jeunes subviennent aux besoins tant en temps qu’en assistance matérielle. Ils en retirent de l’amour et de la reconnaissance bien mérités. Les anciens s’occupent et élèvent leurs petits enfants pendant que les enfants travaillent. Les habitations sont adaptées à ce système. Certains me diront qu’ils ne pourraient pas vivre avec leurs parents tant leur mentalité est différente. Mais pourquoi ? Ont-ils déjà tenté de le faire ? Une réflexion pour un changement rapide de la société occidentale en ce sens s’avère absolument indispensable. Les EHPAD français doivent déjà disposer de davantage de personnel mieux rémunéré, les prix mensuels de pension demandés aux personnes âgées le leur permettent avec en contrepartie une gestion financière meilleure et plus rigoureuse. Sinon, c’est tout simple, ils disparaîtront. La balle est dans leur camp. A nous aussi de changer nos modes de vie pour permettre la meilleure cohabitation avec nos anciens, qui ne doivent pas être un poids, mais plutôt une immense ressource, une richesse en expériences, en solutions simples et naturelles, et en mémoire.

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