Le don


Le don est une notion qui disparaît de nos sociétés occidentales. C’est par contre une notion essentielle des sociétés asiatiques, et en particulier de la société thaïlandaise.

A part au travers des associations, l’urbanisation et donc l’indifférence individualiste, le don s’efface de note société. Il était essentiel dans les sociétés rurales occidentales. De nos jours, même le don à des œuvres caritatives ou reconnues d’utilité publique n’est pas un véritable don puisqu’il a un avantage financier en se déduisant fiscalement. Il a la plupart du temps une contrepartie qui fait apparaître une dichotomie, un contresens. Même les remerciements sont une contrepartie dans notre société.

En Thaïlande, par contre, comme il n’y a ni système de retraites ni sécurité sociale, la solidarité entre les générations est essentielle. Les actifs aident les anciens qui gardent les petits-enfants. Les adultes cuisinent pour leurs parents âgés. J’ai rarement vu ma belle-mère thaïe cuisiner. C’est la plupart du temps ses enfants ou petits-enfants qui préparent le repas familial. Tout le monde a toujours de quoi manger, quelle que soit sa situation, riche ou sans un sou.

De plus, donner dans ce pays peut sous, contrairement à nos sociétés occidentales, une absence de contrepartie, même le remerciement.

En intégrant à son esprit et par ses actes ce sens différent du don, on comprend beaucoup mieux la société thaïlandaise et on s’y insère totalement.

Pour compléter cet article, je vous suggère la lecture ci-dessous de quelques pages d’un livre décrivant la société des Sioux.

Extrait de « Les Sioux » « vie et coutumes d’une société guerrière » de Royal B. HASSRICK Editions Terre Indienne Albin Michel décembre 1993 – Pages 53 et suivantes.

« Exprimer de la modestie et de la réserve constituait l’essence de la force d’âme. Un autre précepte de la morale sioux était souvent affirmé de cette façon par les hommes de la tribu : « un homme doit aider les autres autant que possible, quels qu’ils soient, en leur donnant des chevaux, de la nourriture ou des vêtements ». Cette culture insistait donc sur la notion de générosité. En fait, l’accumulation de biens pour son propre profit était aussi déshonorante que le fait d’être incapable d’acquérir des richesses, ce qui était purement pitoyable. La notion de propriété était importante uniquement dans le sens où elle constituait un moyen de donner : celui qui avait beaucoup à donner était béni. Il fallait également qu’on ne refusât pas un cadeau qui était offert mais bien qu’on en fit un en retour même s’il s’agissait d’un présent modeste.

Les sioux se faisaient un devoir d’offrir, et ceci en toutes circonstances. Les jeunes apportaient de la nourriture aux anciens de leur famille ; les chasseurs partageaient le produit de leur chasse avec les vieillards et les infirmes ; les femmes fabriquaient des cadeaux pour les orphelins et les veuves, les sœurs honoraient leurs frères en leur offrant des mocassins ou leurs nièces et neveux en leur perlant de superbes berceaux.

Des banquets et des fêtes étaient offerts aux familles à l’occasion de célébrations importantes, telles que l’initiation d’un fils à la société Akicita – les guerriers – ou son retour victorieux de la guerre. On invitait tout le monde et on échangeait des cadeaux.

La générosité, conçue comme l’une des quatre vertus principales, permettait à l’individu de comprendre la signification de l’abondance. A sa mort, les biens personnels d’un homme étaient enterrés avec lui et l’on tuait son meilleur cheval, animal reconnu pour sa grande valeur marchande. On ne connaissait ni dernières volontés, ni legs, ni héritage. C’est pendant la vie que l’on distribuait ses biens matériels. Aux yeux du groupe, ces dons consacrés par l’usage contenaient une finalité positive extrêmement subtile. Un de mes informateurs décrivait ainsi cette responsabilité : «  Un homme doit prendre pitié des orphelins, des infirmes et des vieillards. Si vous avez plus d’un exemplaire de quelque chose, vous devez le donner afin d’aider ces personnes. » C’est ainsi que la bienfaisance assurait l’existence à celui qui avait le moins d’aptitude autant qu’au moins fortuné. C’est ainsi que les indigents de cette nation n’étaient plus des fardeaux pour la société mais bien les vecteurs nécessaires à travers lesquels les hommes qui avaient réussi acquéraient un statut social. Il s’agissait la, pour de bon, de véritable socialisme. Dans l’idéal comme dans les faits, personne ne pouvait se passer de personne. Plus quelqu’un pouvait donner, plus son prestige était grand. En même temps, la redistribution des richesses pour le bénéfice de tous entretenait des normes économiques plus ou moins égales pour tous les membres de la tribu. Les Sioux développaient ainsi un système garantissant le bien-être à tous grâce à une répartition volontaire et hautement rémunératrice des biens.

Les dons n’étaient pas uniquement un phénomène uniquement informel et spontané, mais on en prenait l’occasion au travers d’innombrables cérémonies qui rendaient possible un giveaway ou otu’hau « dénantissement » beaucoup plus théâtral. C’est à cette occasion que les Sioux cristallisaient de générosité par l’institution de dons à grande échelles.

Quand les jeunes filles atteignaient la puberté, leurs parents s’efforçaient de montrer leur dévotion en les laissant entrer dans la fraternité des « femmes du clan bison » ; une famille qui avait perdu un enfant chéri aspirait « à posséder un esprit » ; quand des parents souhaitaient honorer un de leurs enfants, ils pouvaient lui donner un nouveau nom ou organiser la cérémonie de la Hunka « le choix des parents ». Le giveaway, dénantissement, constituait de façon formelle et obligatrice un des moments de chacune de ces fêtes. Les familles amoncelaient des réserves afin de pouvoir faire bonne figure, car plus le nombre de présents étaient important, plus grand était le respect dont on voulait honorer la personne concernée. En fait, les gens rivalisaient. C’était à qui offrirait le plus beau ou le plus fin.

C’est la cérémonie de la « possession de l’esprit du revenant » Ghost-owning, qui constituait l’essence de ce don global du patrimoine. Pendant un an, les parents du défunt conservaient fidèlement une mèche de cheveux de leur enfant décédé afin de montrer le respect qu’ils lui témoignaient. Dans ce laps de temps, ils suivaient de façon très stricte des rites prescrits par la coutume et consacraient leur temps à rassembler une grande quantité de vêtements, d’ustensiles, de chevaux et même de nourriture, tâche dans laquelle ils étaient aidés par leurs proches. A la fin du temps prescrit, au cours de la cérémonie finale et des festivités qui s’ensuivaient, les parents du défunt donnaient à la tribu assemblée tout ce qu’ils avaient amassé au long de l’année. C’est ce qu’on appelait « donner jusqu’à la faillite » ; en effet, quand tout avait été distribué, le couple démontait son tipi et l’offrait à quelqu’un avant d’enlever ses vêtements et de les donner dans un geste ultime. Seuls, nus, sans biens, sans habitation ni nourriture, un homme et une femme démontraient ainsi à tous les Sioux quelle hauteur extrême leur idéal de générosité pouvait atteindre en hommage à un être cher. Il était entendu, bien sûr, qu’un tel sacrifice ne pouvait être dédaigné ou que tant de générosité allait jusqu’à la ruine totale. Peu de temps après la fin de cette cérémonie, amis ou proches invitaient le couple à un repas et se réunissaient pour leur trouver des vêtements, un tipi et l’indispensable. »

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